Deux époques, deux visions, un même objectif, construire une économie nationale solide. Entre l’élan souverainiste de Modibo Keïta et le tournant pragmatique de Moussa Traoré, le Mali a profondément transformé son modèle économique. Mais derrière les discours, une réalité plus complexe s’impose.
- 1960–1968 : l’État bâtisseur
À l’indépendance, le Mali fait un choix radical, celui d’un État au cœur de tout. Produire, transformer, distribuer, exporter.
Des structures comme : - SOMIEX
- CMDT
- EDM
- OPAM
portent cette ambition.
Le pays cherche à rompre avec la dépendance héritée de la colonisation. L’intention est forte, presque historique. Mais la machine étatique, encore jeune, peine à suivre. Gestion lourde, manque d’expertise, rentabilité fragile.
- 1968–1991 : entre redressement et démantèlement
Après 1968, le nouveau pouvoir hérite d’un système déjà sous tension. Contrairement à une idée répandue, toutes les entreprises d’État n’ont pas été “bradées”. La réalité est plus progressive, parfois même chaotique.
Entre restructurations, fermetures et affaiblissements, surtout dans les années 1980, l’État recule peu à peu sous l’effet des crises et des réformes.
Chronologie des chutes, transformations et résistances
- Entreprises liquidées ou disparues
Certaines sociétés n’ont pas survécu :
Industrie
SOCOMA → arrêt
SEPOM → fermeture
SOCORAM → disparition
SEMA → liquidation progressive
Textile et transformation
Abandon de plusieurs unités locales liées au coton, malgré la survie de la CMDT
Agro-industrie
Disparition de petites unités créées dans l’élan des années 1960, faute de rentabilité
- Entreprises démantelées ou vidées de leur rôle
Certaines structures n’ont pas disparu, mais ont été profondément affaiblies :
Commerce extérieur – SOMIEX
➤ perte du monopole
➤ démantèlement progressif
➤ disparition avant 1991
Transport
RTM ( Régie de Transport Malien)
➤ dégradation avancée
➤ perte d’efficacité
Air Mali
➤ difficultés financières
➤ arrêt des activités
- Entreprises restructurées sous pression internationale
Certaines ont été maintenues, mais profondément transformées sous l’influence du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale en 1987-88:
Énergie – EDM
➤ maintien sous pression financière
➤ réformes préparatoires
Agriculture – OPAM
➤ perte de contrôle du marché
Office du Niger
➤ ouverture progressive au privé
Industrie – SONATAM
➤ restructuration
Santé
PPM
➤ réforme du système de distribution
- Entreprises en déclin avancé
Certaines survivent, mais à peine :
- SONETRA
- COMANAV
- SONAREM
Problèmes récurrents :
mauvaise gestion
corruption
équipements dépassés absence de compétitivité
Pourquoi cet effondrement progressif ?
Facteurs internes gestion inefficace sur-effectifs
dépendance totale à l’État
Facteurs externes
crise mondiale des années 70–80
sécheresse au Sahel
dette publique
Pressions internationales
ajustement structurel
libéralisation économique, réduction du rôle de l’État
Deux visions, un même défi
Le modèle de Modibo Keïta a posé les bases d’une souveraineté économique. Celui de Moussa Traoré a tenté de corriger ses excès, parfois brutalement.
Au fond, le Mali n’a pas échoué parce qu’il a trop créé ou trop supprimé. Il a surtout manqué d’un élément clé, une gouvernance efficace.
Ce que cette histoire nous apprend
Ce qui s’est joué entre 1968 et 1991 dépasse la simple idée de “bradage”. C’est une transition forcée entre deux modèles, avec ses pertes, ses ajustements et ses erreurs.
Aujourd’hui, les leçons sont claires :
créer des entreprises publiques, oui, mais performantes éviter les monopoles rigides comme SOMIEX, développer des modèles mixtes État–privé, instaurer une vraie culture de résultats
- Période 1960 – 1968 (Économie socialiste, création massive)
Entre 1960 et 1967, environ 40 entreprises d’État ont été créées pour bâtir une économie nationale autonome.
Industrie et production
- Société des Conserves du Mali (SOCOMA)
- Société d’Exploitation des Produits Oléagineux du Mali (SEPOM)
- Société des Ciments du Mali (SOCIMA)
- Compagnie Malienne des Textiles (CMDT)
- Société nationale de Tabac et Allumettes (SONATAM)
- Société de construction radioélectrique (SOCORAM)
- Société Équipement du Mali (SEMA)
Agro-industrie et élevage
- Société malienne du Bétail, des Peaux et Cuir (SOMBEPEC)
- Abattoir frigorifique de Bamako Agriculture et offices
- Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM)
- Office du Niger (ON)
Banques et finances
- Banque de Développement du Mali (BDM)
- Banque Malienne de Crédits et de Dépôts (BMCD)
- Transport et logistique
- Air Mali
- Régie des Transports du Mali (RTM)
Compagnie malienne de navigation
Travaux publics et infrastructures
Société nationale d’Entreprise de Travaux Publics (SONETRA)
Énergie et services publics
- Énergie du Mali (EDM)
- Pharmacie Populaire du Mali (PPM)
Culture et commerce
- Librairie Populaire du Mali (LPM)
- Office cinématographique national du Mali (OCINAM)
Commerce extérieur
Société Malienne d’Import-Export (SOMIEX)
Mines et ressources
- Société Nationale de Recherche et d’Exploitation Minière (SONAREM)
Cette période correspond à une économie étatisée, avec contrôle total de l’État sur production, commerce et distribution.
- Période 1968 – 1991 (Réorganisation et maintien)
Sous Moussa Traoré, beaucoup de ces sociétés ont été : maintenues, restructurées ou progressivement ouvertes / affaiblies
Entreprises maintenues ou importantes
- EDM (Énergie du Mali)
- OPAM
- CMDT
- PPM
- SONATAM (créée en 1965, toujours active)
- COMANAV
- SONAREM
Transformations / difficultés
- SOMIEX (monopole du commerce extérieur, affaibli puis supprimé)
-SOCIMA, SEPOM, SOCOMA (beaucoup ont disparu ou été restructurées) - RTM, transformation en entreprises de transport urbain SOTRAMA ( SOCIETE MALIENNE DE TRANSPORT )
Caractéristiques de la période
Début des crises économiques
Mauvaise gestion de certaines sociétés d’État
endettement, Pressions des institutions internationales (FMI, Banque mondiale)
Préparation des privatisations des années 1990
- Synthèse globale
Entre 1960 et 1991, le Mali a connu :
- Création massive d’entreprises publiques (40+)
- État acteur central de l’économie
- Faible rentabilité de plusieurs sociétés
Transition vers libéralisation et privatisation après 1991
- Lecture stratégique (important pour toi)
Ce modèle historique montre que :
Le Mali a déjà expérimenté un État entrepreneur très fort, mais sans gouvernance solide, ces structures deviennent fragiles
Aujourd’hui, la tendance est vers : - sociétés mixtes
- partenariats public-privé
- régulation plutôt que gestion directe Conclusion
Entre rêve souverain et réalités économiques, le Mali a traversé une expérience unique. Une construction ambitieuse, suivie d’un démontage parfois brutal.
L’histoire ne condamne ni l’une ni l’autre époque. Elle rappelle une chose simple, un pays ne se développe pas seulement avec des entreprises d’État, mais avec des institutions solides, une gestion rigoureuse et une vision claire.
M.O.M-ACTU/ S.S.SYLLA