mercredi, octobre 5, 2022

Le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga sur le retrait des forces Barkhane et Takuba : « C’est un échec… »

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 « Je crois qu’il ne faut pas avoir honte de dire le mot échec. C’est un échec stratégique, c’est un échec politique, c’est un échec tout court. Maintenant, il faut tirer les leçons de ces échecs… ». Tels sont les commentaires du premier ministre de la transition, Dr Choguel Kokalla Maïga, sur les forces Barkhane et Takuba dont le retrait du Mali est annoncé par le président français le weekend dernier. C’était dans une grande interview accordée à la télévision nationale.

La France et ses alliés ont annoncé, la fin de la semaine dernière, le retrait de leurs forces au Mali. Une décision qualifiée d’« unilatérale » par le gouvernement malien qui a demandé à la France de retirer ses troupes « sans délai ». Interrogé sur la question de ce retrait, le chef du gouvernement de la transition a déclaré : « Je pense que comme notre gouvernement l’a dit plusieurs fois, quand on est partenaire, on doit se respecter. On doit, ensuite, garder un minimum de parallélisme des formes. On doit rester dans le cadre des accords qui nous lient. En un mot, on doit rester dans le cadre du droit. La politique de faits accomplis, de déclarations péremptoires, de décisions unilatérales ne convient plus à l’équipe dirigeante actuelle au Mali ».

Par la suite, le premier ministre a rappelé les trois objectifs de l’intervention française au Mali. « Les autorités françaises avaient justifié, en son temps, leur arrivée au Mali par une demande de l’État en appui aérien et en renseignements pour stopper l’avancée des terroristes vers le sud. Et les objectifs fixés, en son temps, énoncés par le président de la République Française étaient trois. Premier : arrêter l’avancée des terroristes, détruire le terrorisme. Deuxièmement : restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire nationale. Et enfin, faire appliquer les résolutions des Nations unies. Barkhane a évolué dans ces missions officiellement aussi. En 2016, l’opération serval s’est transformée en Barkhane avec aussi trois objectifs. Cette fois-ci, contenir les mouvements terroristes, aider les armées nationales à monter en puissance et aider les populations », a expliqué Dr Choguel Kokalla Maïga qui estime que 9 ans après, le bilan de cette intervention est mauvais. « Quand vous faites le bilan, huit (8) ans après, le premier objectif : détruire le terrorisme. Il (le terrorisme) était résiduel en 2013, confiné au grand nord du pays. En 2021, le terrorisme a atteint le 80% du territoire. Le deuxième objectif : aider la montée en puissance des armées nationales. A la date d’aujourd’hui, il y a des partis du territoire qui échappent au contrôle de l’État malien. Les résolutions des Nations unies changent chaque année au point que cette année, notre gouvernement s’est opposé à une résolution écrite préparée et présenté au conseil de sécurité à notre insu », a-t-il laissé entendre.

Ce qui est déplorable, selon Dr Choguel Kokalla Maïga, c’est la situation sécuritaire a continué à se dégrader malgré la présence de ces forces. Il trouve d’ailleurs que le bilan de l’intervention militaire française au Mali est mauvais. « Si vous faites globalement le bilan, je crois qu’il ne faut pas avoir honte de dire le mot échec. C’est un échec stratégique, c’est un échec politique, c’est un échec tout court. Maintenant, il faut tirer les leçons de ces échecs. C’est tout ce que nous demandons. Et on devait nous asseoir pour tirer les leçons ensemble », a-t-il dit haut et fort avant d’ajouter :« au lieu de cela, c’est dans les médias que nous apprenons, le 3 juin, suspension des opérations militaires, 10 juin, suspension des opérations militaires avec nos forces armées et de sécurité et l’autre jour, le 17 février, c’est par point de presse que nous apprenons que ces opérations s’arrêtent. Tirez, vous-mêmes, les leçons. Donc qu’on ne déforme pas la vérité ».

La France appelée à dévoiler la vérité sur la mort de ses deux journalistes au Mali

Cette intervention a été l’occasion pour le premier ministre de dénoncer la communication politique des dirigeants français. « Je crois que dans la communication politique des dirigeants français, ils commettent une grosse erreur. Quand des soldats français meurent ici, vous écoutez bien dans les discours ‘’ils sont morts pour la France ‘’. Ils n’ont jamais dit qu’ils sont pour le Mali. C’est dans le discours qu’ils le disent quand ils veulent s’attaquer au Mali. Nous, nous pensons qu’ils sont morts pour la France, pour le Mali, pour la paix. Nous les respectons », a-t-il laissé entendre.

Dr Choguel Kokalla Maïga a aussi saisi l’occasion pour faire des révélations croustillantes sur l’intervention françaises au Mali. Pour lui, les autorités françaises doivent dire la vérité à leurs populations. « Nous respectons les soldats français qui sont morts, mais ils (les dirigeants français) ne disent jamais à leurs populations que c’est en s’opposant au recouvrement de l’intégrité du territoire malien que les autorités françaises ont créé une enclave dans le nord du Mali où les terroristes ont été s’organiser pour revenir à la charge à partir de fin 2014, début 2015. Ils (les dirigeants français) ne disent pas cela à leurs populations », a-t-il laissé entendre. Dr Choguel Kokalla Maïga a demandé à la France de dire la vérité sur les circonstances de l’enlèvement et de la mort de ses deux journalistes. « Ils ne disent pas ce qui s’est passé à Kidal pour que les journalistes soient enlevés et jusqu’à aujourd’hui, on ne sait pas les raisons. Pourquoi ils ne lèvent pas le secret défense, pour les français, les circonstances de la mort de leurs journalistes ? Je pense qu’ils ne doivent pas jouer sur les sentiments », a-t-il affirmé.

La réplique aux sorties de certains dirigeants de la CEDEAO

Le premier ministre Maïga a répliqué, dans son interview avec l’ORTM aux sorties de certains chefs d’État de la CEDEAO. Dans un premier temps, il a répondu indirectement au président Alassane Ouattara de la Côte d’ivoire. « Mon aîné, le président Ouattra, qui a été interviewé sur un autre sujet, sur le cacao. On lui a dit que les européens s’apprêtent à refuser d’acheter le cacao qui viendrait de son pays. Il leur a dit que s’ils refusent d’acheter le cacao ivoirien, il y a d’autres acheteurs. Ils ne sont pas les seuls et ils n’ont pas à leur dire ce qu’ils doivent faire », a-t-il rappelé avant d’ajouter : « Moi je suis d’accord avec le président Ouattara : si les européens refusent d’acheter le cacao ivoirien, les autres le feront. Mais c’est la même chose au Mali. Les Maliens meurent, les soldats meurent, on les enterre les fausses communes. On achète des avions de transport, on les bloque en Europe ; on achète en Amérique, on bloque. Pourtant l’argent est payé. On nous empêche d’acheter des équipements, mêmes des lunettes de vision nocturnes. Mais on va chez celui contre lequel ils ne peuvent pas et qui est un ami historique ».

Choguel répond aussi président en exercice de la CEDEAO. « J’ai entendu le président Ghanéen suggérer que 12 mois de transition suffirait. Ça lui coutait quoi de parler de cela avec le président Goïta ? Est-ce que c’est à partir de la France qu’on va nous annoncer cela lors d’un point de presse ? », interroge le chef du gouvernement malien. Le président senegalais, Macky Sall, a aussi eu une réponse à sa sortie : « J’ai entendu le président du Sénégal que je salue pour l’initiative qu’il a prise de s’impliquer personnellement pour résoudre cette crise parce que ça fait plus de torts aux Maliens ». Mais Choguel regrette que tous ces discours ont été tenus en dehors de l’Afrique. « Pourquoi on ne peut pas tenir ces genres de discours ? Pourquoi on nous invective ? Pourquoi on nous insulte ? Pourquoi quand on envoie un calendrier, la CEDEAO n’envoie pas une délégation pour dire qu’elle n’est pas d’accord ? Pourquoi ils (les dirigeants de la CEDEAO) organisent des fuites ? comment diaboliser le gouvernement en disant qu’il veut s’éterniser au pouvoir ? », interroge Dr Choguel Kokalla Maïga. Il a, ensuite, plaidé à ce que les Africains « arrêtent d’aller dire en Europe ce qui est bien pour l’Afrique ».

Boureima Guindo

Source: Le Pays

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