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Friperies : «Ponbada», un marché captivant

Pouvoir d’achat oblige, les vêtements de seconde main inondent les artères de Bamako. Zoom sur le marché de Médine, véritable paradis de la «fripe»

«Venez par-là, c’est de la qualité ! Psst, Psst, viens par-là, la jolie Bamakoise !», nous lance Amadou Konaté. Le jeune vendeur de friperie qui est en train d’arranger sa marchandise, tout en esquissant des pas de danse et en fredonnant les notes de Diarabi, le tube de Sidiki Diabaté.

C’est un phénomène. Amadou, le vendeur de vêtements bat des mains, pousse des cris, raconte des histoires drôles, tout cela pour attirer l’attention de la clientèle. Nombreux sont les clients qui fréquentent sa place pour chercher les bonnes affaires sur ces marchandises qui viennent de l’extérieur.

Les plus avertis viennent dès 8 heures pour ne pas rater l’ouverture des balles afin de trouver les «premiers choix», un jargon fréquemment utilisé par les adeptes de ces marchandises dites de seconde main, venues de l’extérieur et souvent provenant de dons ou de ventes promotionnelles. Seuls les premiers arrivants, qui ont la chance de coïncider avec le tri des balles, trouveront les meilleurs habits.

L’emplacement de ces marchands est facilement repérable. On aperçoit de loin des empeseurs d’habits, qu’on appelle communément «fini gosilaw» en bambara, qui s’adonnent à leur activité sous un vent frais. Dès l’arrivée de notre équipe de reportage à «Ponbada» communément appelé par la jeune génération «Bamako-Amérique» ou «Bamako New-York», elle découvre aussitôt un spectacle de mélodies agrémenté par des bruits provenant du maniement par les tailleurs des machines à coudre.

Cet endroit est, de nos jours, très fréquenté par la jeune génération des Bamakoises, présentes dès que le soleil pointe à l’horizon et jusqu’à son coucher. Jeunes, mais pas seulement : de douze à quarante ans, les femmes font ici leur shopping, plutôt que dans les boutiques de «prêts à porter».

DANS DES KIOSQUES OU À L’AIR LIBRE- Dans ce lieu très fréquenté de la capitale, l’attention des citoyens est vite attirée par de nombreux articles qui sont exposés sous des hangars, dans des kiosques ou à l’air libre. Des groupes de jeunes garçons étalent leurs différents articles sur les étals.

Ainsi, les robes sont superposées d’un côté et les jupes longues et courtes de l’autre côté. Une rangée est également réservée aux robes et à plusieurs autres articles, notamment les sacs à mains, les chaussures. La présence des vendeuses d’eau et d’un parking pour les engins à deux roues, contribuent à l’animation de ce coin où chacun trouve son compte.

C’est le cas du jeune Karambé. Ce mardi matin, il est 10 heures déjà lorsque nous l’avons aperçu sous son hangar en train d’arranger ses articles, en attendant ses clientes. Ce jeune homme parcourt tous les jours la route du marché de Médine Dosolo Traoré ou Médina-Coura à la recherche d’une marchandise à vendre. «Il faut que, chaque jour, je trouve des nouveautés pour mes clientes. Car, cet endroit est considéré comme un espace de création et de nouveauté», soutient-il. Ce trentegénaire et père d’un garçon, exerce cette activité commerciale depuis plusieurs années, une profession qu’il a héritée de son père.

Son lieu de vente est situé à proximité d’un espace où on a l’impression de se trouver dans une petite maison en bois dont l’intérieur est caché par un rideau derrière lequel les clients essayent les habits achetés en se regardant dans un long miroir, avant de les amener chez eux. Ce garçon de teint noir, dont le sourire laisse paraître des dents superposées avoue que plusieurs jeunes filles s’approvisionnent chez lui parce qu’elles trouvent que les prix de ses articles sont «abordables».

JE SUIS ÉPATÉE… Dans son point de vente, les prix varient entre 1.000 Fcfa et 3.000 Fcfa. Pendant que notre équipe de reportage échange avec ce commerçant, viennent trois jeunes élèves du Lycée Notre Dame du Niger. Ces jeunes expliquent avoir découvert ce lieu grâce à une de leurs camarades qui porte chaque jour des nouveautés dont le coût est abordable. Ce matin-là, elles sont accompagnées par cette amie qui leur fait visiter le lieu.

Visiblement impressionnée, l’une d’elles qui a voulu garder l’anonymat ne s’est pas privée d’apprécier publiquement la qualité de l’endroit en ces termes : «Je suis épatée de voir de belles choses ici à moindre coût tandis que je gaspille une somme incroyable dans des vêtements de même qualité en boutique.»

Tandis qu’elles témoignent, une autre cliente arrive, elle s’adresse à elle : «Ma sœur, ne sois pas impressionnée, j’ai été surprise autant que toi lors de ma première visite, ici. À Bamako-Amérique, c’est la qualité et le luxe à moindre coût. Depuis que j’ai découvert cet endroit, ma tenue vestimentaire s’est améliorée et je peux me rendre n’importe où, sans aucun complexe. Je trouve toutes sortes de vêtements ici. En plus, dans mon lieu de stage, j’ai l’air de quelqu’un qui perçoit un salaire à cause de mon apparence. Sur le plan vestimentaire, je n’ai rien à envier aux titulaires», confie la jeune stagiaire d’une entreprise de place.

Plus loin, deux autres jeunes filles se chamaillent à cause d’un pantalon. «Laisses, c’est à moi, je suis la première à le choisir», s’écrie l’une d’elles. Chacune de ces filles tient un bout du pantalon et personne ne veut lâcher prise. À force de le tirer, le pantalon se déchire. Quand on leur a demandé sur ce comportement maladroit, ces filles ont laissé entendre que des pantalons de la sorte, n’existent qu’au «Ponbada» et le prix est moins cher. Selon le maître des lieux, des scènes pareilles se produisent à longueur de journée entre clientes.

CHINE ET EUROPE- Ces vendeurs affirment avoir sillonné les marchés de Médine et de Rail-da dans l’espoir de trouver de bonnes friperies. Selon les informations recueillies, plusieurs de ces friperies viennent de la Chine et des pays européens. Amadou Diodega est vendeur ambulant de friperie. Ce marchand vient chaque jour au «Ponbada» pour se ravitailler. Après, il parcourt plusieurs quartiers de la ville pour proposer ses articles aux filles.

Grace à ce métier, Amadou s’est acheté une moto, aujourd’hui, qui lui permet de faire ses courses en ville. Depuis bientôt trois ans, il pratique ce métier et parvient à subvenir à ses petites dépenses.

Nous rencontrons Amadou chez le tailleur Souleymane Karambé qui s’active à recoudre quelques-unes de ses friperies déchirées. Assis devant sa machine à coudre installée dans son kiosque et munis de ciseaux et de lames, notre couturier révèle avoir eu l’idée de s’installer au «Ponbada» grâce à un ami vendeur du même lieu.

Il ressort de nos entretiens que cette personne lui a fait la proposition, surtout qu’il sait déjà coudre. Depuis bientôt quinze ans, à la même place, ce chef de famille vient depuis 8 heures pour descendre à 20 heures. Par jour, il peut réparer plus d’une vingtaine de vêtements à des prix allant de 50 à 3.000 Fcfa. Ils sont nombreux à réparer des habits de friperies au «Ponbada».

Aminata Bocoum décide d’acheter une chemise qu’elle veut porter lors de l’anniversaire de sa cousine. Malheureusement, la chemise est déchirée, or elle veut coûte que coûte la réparer chez Souleymane avant d’acheter le vêtement en question. Car selon elle, ce tailleur qui connaît bien son travail, lui a toujours donné satisfaction.

SACS, CHAUSSURES… En dehors des habits de friperies, nous apercevons aussi des sacs du même genre. Ils sont aussi prisés comme les habits. Ils sont étalés sur une longue corde avec des pinces à linge. Les consommateurs sont surtout les jeunes filles et dames âgées de 15 à 30 ans. Le vendeur se nomme Ousmane Diallo, mais il est aussi coiffeur et possède un salon de coiffure au «Ponbada» !

Quand on lui demande pourquoi le choix de ce lieu pour la vente des sacs, Ousmane Diallo nous lâche : «Vu que les habits sont achetés ici par des femmes, j’ai imaginé que certaines doivent avoir besoin de sacs à mains aussi. C’est pour cette raison que j’ai décidé de m’installer ici», confie notre interlocuteur. Qui ajoute que ces friperies viennent de la Chine et que les prix varient de 5.000 à 15.000 Fcfa. Chaque balle vendue par semaine lui permet d’en racheter, plus volumineuse, la fois suivante. Il écoule chaque semaine une balle au «Ponbada».

Le gérant du parking, quant à lui, avoue gagner chaque jour 5.000 à 10.000 Fcfa, car plusieurs motocyclistes passent par cet endroit à longueur de journée. Il y vend également des chaussures, à des prix oscillant entre 5.000 et 30.000 Fcfa. On y trouve des baskets, des ballerines, des tapettes, etc. Tous, des friperies. Au marché Ponbada, c’est la satisfaction totale des visiteurs, car tout y est à un coût abordable.

Fadi CISSÉ

Source : ESSOR

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