SOMMES-NOUS TOUS COUPABLES ?

SOMMES-NOUS TOUS COUPABLES ?
L’irruption des militaires dans le champ politique, le 18 août 2020, est la conséquence d’un double échec
Depuis les événements du 18 août 2020 qui ont vu la chute du régime du Président Ibrahim Boubacar Keïta, une étrange compétition est désormais lancée au Mali : Qui a la légitimité de parler et d’agir au nom du peuple ? Le CNSP ? Le M5-RFP ? La Société civile ? Les membres de l’ancienne majorité proche d’IBK ? Toute la classe politique tous partis politiques confondus ?
A notre avis, nous devons avant tout nous poser d’abord la question de savoir comment en sommes-nous arrivés là et par la faute de qui ? Cette question est intéressante à plus d’un titre et les réponses objectives qui y seront apportées contribueront à ramener plus de sérénité, d’humilité et de tolérance dans le débat national engagé pour sortir notre pays de l’ornière.
En effet, comme le dit si bien un adage de chez nous : « AU LIEU DE T’EN PRENDRE A L’ENDROIT OÙ TU AS CHUTÉ IL FAUT T’EN PRENDRE À L’ENDROIT OÙ TU AS TRÉBUCHÉ ». Dans notre cas nous avons trébuché en maints et maints endroits.
D’abord la Constitution du 25 février 1992 malgré toute la bonne foi de ses rédacteurs, n’est qu’une copie de la Constitution française de 1958 instituant la 5ème République quand son inspirateur le Général De Gaulle voulait opposer au régime parlementaire des 3ème et 4ème Républiques où le président de la République n’avait presque aucun pouvoir, un régime présidentiel fort où le président de la République détient tous les pouvoirs par rapport à une assemblée nationale sur laquelle il avait désormais pouvoir de dissolution.
C’est ce Monarque Républicain que nous avons dupliqué dans la Constitution de 1992. Eh oui ! Selon ce texte, le Président de la République a tous les pouvoirs : sur l’administration, sur la justice, sur l’armée, sur le parlement et finalement sur tous les citoyens du Mali. Aucun domaine n’échappe à son pouvoir de nomination ou de révocation, à sa censure ou à sa complaisance.
Notre Constitution a organisé l’impunité des élites dirigeantes par la mise en place des immunités

Comme le déclarait le Président sénégalais Abdoulaye Wade :  » Un Président africain peut tout faire ! » Là se situe la faiblesse congénitale de nos régimes successifs depuis l’instauration du multipartisme et de la Démocratie car qui parle du président de la République parle aussi de son parti, de sa famille, de ses amis de l’intérieur et de l’extérieur qui tous, peu ou prou jouissent de ces pouvoirs exorbitants par des passe-droits et trafics d’influence en tous genres.
La Constitution a aussi organisé l’impunité des élites dirigeantes par la mise en place des immunités qui placent de facto ces élites (députés, ministres et Président de la République, magistrats, avocats) au-dessus des autres justiciables et rendent pratiquement impossible toute condamnation. Cette impunité organisée exempte irrémédiablement les dirigeants du devoir d’exemplarité que leurs charges leur imposent.
Pourquoi une Haute cour de justice quand les tribunaux d’instance et autres cours d’appels sont là pour tous les citoyens ? Par une refonte véritable de notre Constitution ramenons le président de la République et tous les autres dirigeants au niveau des citoyens devant lesquels ils sont redevables et en leur conférant le minimum de respect et de protection auxquels ils peuvent avoir droit du fait des responsabilités qu’ils assument.
Ces privilèges exorbitants ont naturellement pollué le champ politique, aiguisé les appétits et les convictions sincères ont cédé le pas à la quête de l’intérêt personnel, une course effrénée aux postes et aux avantages.
Sans oublier les fonds dits de  » souveraineté  » mis à la disposition des chefs d’institutions (président de la République, Président de l’Assemblée nationale, Premier ministre) sans justification d’emploi qui sont de véritables fonds de corruption et d’achat de conscience.
Le tableau du champ politique malien après près de trente années de pratique démocratique n’est pas reluisant c’est le moins que l’on puisse dire ! Les maux ont pour noms : corruption, nomadisme, présidence de partis à vie, achat de conscience, fraude électorale, règlements de compte, manipulation, trahison, démagogie, populisme et j’en passe …Qui parmi nous, acteurs politiques, qui peut dire qu’il n’a aucune part de responsabilité dans cette descente aux enfers de la politique, de son dévoiement dans notre pays à un moment ou à un autre ? Personne assurément ! Ceux qui ont gouverné un jour, ceux qui n’ont pas gouverné, ceux qui ont organisé et participé aux différentes joutes électorales, ceux qui ont touché les subsides de l’Etat au titre de l’aide aux partis politiques, ceux qui pouvaient parler et agir quand ils le pouvaient mais qui n’ont pas bronché etc. Nous sommes tous coupables !
La CEDEAO doit assumer son échec au Mali et relâcher la pression
Le RPM, principal parti de la majorité présidentielle, sur 41 listes d’alliance, en avait 25 avec les partis de son groupement politique EPM. L’URD, principal parti d’opposition, sur 37 listes d’alliance en avait 4 avec les partis de son groupement politique d’opposition le FSD. Le RPM, sur 41 listes d’alliance, en avait 15 avec les partis du groupement d’opposition FSD.
L’URD, sur 37 listes d’alliance, en avait 32 avec les partis de la majorité présidentielle EPM. Le RPM, parti du président de la République au pouvoir n’affronte seul le suffrage des électeurs en liste propre que dans 14 circonscriptions sur 55. Moins que l’URD le principal parti d’opposition !
Ce tableau est assez illustratif de la grande absurdité et de l’incongruité de notre système politique où les contraires s’assemblent pour quel intérêt ? Nous y avons tous assisté et participé, l’avons-nous dénoncé ? Pas tout le monde !
Les insuffisances de la Constitution et de la Charte des partis politiques doivent être corrigées pour empêcher que ne surviennent plus ces situations inconfortables pour la Démocratie, la vraie !
Pour revenir à l’actualité récente, l’irruption des militaires dans le champ politique, le 18 août 2020, est aussi la conséquence d’un double échec : Echec d’abord de la classe politique malienne qui n’a pas réussi à juguler cette crise politique qui perdure depuis la dernière élection présidentielle. A l’autisme et l’entêtement des uns s’est opposé l’intransigeance et le jusqu’au-boutisme des autres. La voie était devenue sans issue.
Échec ensuite de la CEDEAO qui malgré une mission de conciliation, malgré la désignation d’un négociateur chevronné, malgré le déplacement à Bamako de cinq chefs d’Etat, n’a pas réussi à infléchir la position ni de l’un, ni de l’autre camp ! Les dirigeants de la CEDEAO sont venus au contraire conforter la position de leur homologue et de son Premier ministre au détriment des aspirations du peuple malien.
Si une infime partie des pressions que la CEDEAO exerce sur le CNSP aujourd’hui avait été exercée sur le Président sortant nous n’en serions pas là !
La CEDEAO doit assumer son échec au Mali et relâcher la pression sur ce pays miné par l’insécurité, la crise politique, la mauvaise gouvernance et l’épidémie de Covid-19 .
Nous avons échoué nous de l´opposition politique de n’avoir pas voulu ou pu en 2018, nous réunir tous derrière la candidature d’un seul, le chef de file de l’opposition Soumaïla Cissé et battre IBK à la régulière dans les urnes pour sauver notre pays. Tous les leaders de l’opposition s’y sont refusés sauf un seul qui a renoncé à sa candidature ! Alors, après ce constat de carence générale, la classe politique malienne doit faire preuve d’humilité , d’inventivité et de solidarité pour remettre notre système démocratique dans le bon sens, débarrassée des scories que nous venons de dénoncer et qui le gangrènent.
Collaborer loyalement et objectivement avec les membres du CNSP afin de mettre en place une Transition utile et efficace qui posera les bases de la 4ème République. Cette Transition qui aura ardemment besoin d’un large consensus national pour entreprendre et mener à bien les nécessaires et indispensables réformes politiques et institutionnelles dont notre République et notre Démocratie ont besoin pour prétendre à l’émergence.

MALICK TOURE / URD

À propos Mali Ondes & Médias

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

Avec honneur et humilité, j’ai accepté la responsabilité ministérielle de l’Emploi et de la Formation Professionnelle

Avec honneur et humilité, j’ai accepté la responsabilité ministérielle de l’Emploi et de la Formation ...

Transition au Mali : le M5-RFP « frustré », des observateurs alertent les autorités

Transition au Mali : le M5-RFP « frustré », des observateurs alertent les autorités. Le ...

charte finale de la transition: les Maliens attendent la levée des sanctions

Publication de la charte finale de la transition: les Maliens attendent la levée des sanctions. ...

Mali : Retour au calme à Gao

Mali : Retour au calme à Gao a Cité des Askia avait une allure de ...

MALI: resolution et recommandation, le peuple ampathie

Suite au communiqué de la CEDEAO demandant la démission du col assimi goita je propose ...

Assises : Peine exemplaire pour l’escroc

Reconnu coupable d’avoir usé du faux pour soutirer de l’argent à « son partenaire », ...